Alors que l’on s’interroge déjà sur ce que sera le prochain internet, on commence à peine à formuler le paradigme économique qui sortira vainqueur de l’ère du web 2.0.

Et les sectateurs du web 2.0 de se demander qui peut aujourd’hui revendiquer la place que les portails et les moteurs de recherche avaient occupée pendant les années 1990-2000 ? Acteurs et analystes organisent et décrivent une grande migration, qui semble converger irrésistiblement vers les différents modèles de réseaux sociaux.

Il n’est pas exagéré de parler de rupture, au sens anthropologique du terme, même si ce phénomène était déjà entrevu ex ante, par un Leroi-Gourhan, par exemple, qui dans “Technique et langage” constate que “…l’homme, qui reste dans son corps un mammifère normal, se dédouble dans un organisme collectif aux possibilités pratiquement illimitées de cumul des innovations.”

Examinés d’un point de vue anthropologique, les apports du web 2.0 sont ceux de tout un contexte porteur de bouleversements culturels et sociaux. En proposant aux utilisateurs de partager leurs informations avec des outils d’édition simples et gratuits, le web 2.0 et les réseaux sociaux ouvrent de nouvelles perspectives à l’intelligence humaine et aux activités sociales déployées par les hommes.

Les réseaux sociaux s’appuient sur des caractéristiques anthropologiques fondamentales de notre société, y compris son économie numérique. Comme je l’ai expliqué ici, les réseaux sociaux en ligne suscitent la création du lien social en représentant la proximité entre les individus. Ils font une formidable caisse de résonance à cette prédisposition humaine à multiplier les partenaires avec qui échanger de la valeur.

Il apparait à tous que c’est bien la “communautarisation” des contenus réalisée au travers des réseaux sociaux qui révèle la dimension anthropologique du nouvel internet.

Je commence ici la publication des anciens billets du blog “Créer et animer une association 1901″ qui avaient trait au web 2.0. Que les lecteurs de ce blog veuillent bien m’en excuser.

En réponse à business garden qui dans un excellent billet de synthèse se pose la question des centaines de réseaux sociaux, pour quoi faire ?

Le succès des réseaux sociaux en ligne et autres systèmes communautaires du web 2.0 repose sur notre tendance archaïque à nous chercher des partenaires.

Les anthropologues ont démontré que l’homo sapiens était une espèce collaborative par excellence. Il apparaît que les humains sont certes des mammifères supérieurs mais ils sont plutôt “généralistes” en terme de compétences et assez “médiocres” sur le plan des performances physiques. Pour cette raison, ils ne peuvent survivre et se réaliser que dans l’interaction avec leur semblables ; ils sont donc habitués à chercher en toutes circonstances des partenaires avec qui collaborer en vue d’une bénéfice mutuel.

Tout au long du processus d’hominisation, la socialisation nous a été imposée, souvent de manière cruelle : pendant quelques millions d’années, disposer de partenaires fiables (pour la chasse, s’occuper des enfants, organiser la cueillette et la conservation des aliments, procurer outils et armes, garder la hutte et entretenir le feu pendant mes absences, etc) a été une condition de survie.

Par ailleurs, les âges sombres qui nous ont précédés connaissaient une logique tout binaire : celui qui n’était pas un collaborateur potentiel se transformait vite en prédateur. Dans de nombreuses circonstances, il nous faut rapidement pouvoir se “faire un avis”.

La sociologie et les sciences cognitives ont démontré que cette tendance (quasiment innée) à la socialisation est effectivement guidée par le principe de fiabilité. Dans les multiples communautés qui s’offrent à nous, on choisit toujours celles dont les membres présentent pour nous la plus grande fiabilité. Cela commence chez l’enfant qui construit son premier réseau à partir des ascendants et collatéraux qui l’entoure.

Le cerveau est ainsi fait que, face à toute sollicitation sociale, je dispose intuitivement d’une prise de position toute personnelle : est-ce que la personne m’est sympathique, suis-je en confiance, peut-on engager la conversation, quels types d’interaction suis-je prêt à envisager dans ce contexte, etc. C’est un peu les mêmes mécanismes qui sont à l’oeuvre dans le métro aux heures de pointe, quand l’on ressent immédiatement qu’une certaine personne est trop proche de soi.

Sur le plan anthropologique, ces comportements posent la question fondamentale de la confiance en autrui ; de quelles manière ont vient-on à porter un jugement sur l’aptitude d’un tel à collaborer -au sens social, interagir- avec soi, dans une relation bénéfique et durable ?

Le cerveau compile très rapidement de nombreux indices, à partir desquels il établit immédiatement une projection, des anticipations positives ou négatives, qui vont déterminer mon comportement et décider de la suite de l’interaction sociale.

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