Via David Taté.

 Un modèle de raisonnement juridique

Dans la série “comment choisir”, Michel Bénard a fait le blog et le wiki. je me dépêche de prendre “(pourquoi et) comment choisir un digg-like”.

Selon Wikipédia, Digg est un site Internet communautaire, typique du phénomène « Web 2.0 », qui a pour but de faire voter les utilisateurs pour une page Internet intéressante et proposée par un utilisateur. Il dispose de plusieurs catégories, telles Politique, Divertissement, Vidéos, Technologie…Il combine « social bookmarking », blog et syndication.

Les nouveaux articles et les sites Web soumis par les utilisateurs sont notés par d’autres utilisateurs et s’ils remportent le succès nécessaire, ils sont affichés en page d’accueil.”

J’aime bien les digg-like. Ils sont à la fois un archétype et les enfants terribles du web 2.0, capable du meilleur comme du pire, et toujours source d’inspiration pour les nouveaux services. Pour qui veut installer son identité numérique, la présence sur les Digg (généralistes ou spécialisés) est indispensable.

La gestion d’un Digg peut relever d’un véritable travail éditorial, combinant folksonomie, filtres et intervention de modérateurs. Elle repose principalement sur la technologie RSS et la soumission directe des liens par les utilisateurs. selon la quantité de contenus originaux et l’ambition éditoriale, un digg peut évoluer vers le modèle du média citoyen, de type agoravox .

Une araignée au plafond a fait un très bon billet de synthèse sur les digg francophones.

Il cerne très bien le modèle économique du digg :

“En tant que portails distincts, les outils de folksonomie que sont les Digg-like ne peuvent prétendre la place des outils d’information classiques proposés par les grands groupes des médias ou des portails destinés à promouvoir la presse. En effet, ne créant pas de contenu à proprement parler, leur valeur ajoutée dépend de la bonne volonté de leurs utilisateurs, d’une part, et du contenu tiers, d’autre part. Or, l’immense majorité des utilisateurs sont passifs et ne créent ni ne transmettent le contenu qu’ils consultent.

En revanche, ils ont leur place comme source d’information complémentaire, essentiellement insolite, amusante ou choquante, ou bien encore très spécialisée. Bref, les Digg-like ont surtout leur place dans les domaines peu concurrencés par les médias de masse dont le pouvoir d’attraction est plus important sur le grand public.

Quelques solutions libres pour un digg-like

Si le cœur vous en dit, l’araignée donne quelques pistes pour développer son propre digg. Pour qui veut diffuser des contenus, il peut être intéressant d’étudier cette option.

D’autant plus que créer son service web de type Digg-like est relativement simple. En effet, il existe divers scripts open source prêts à l’emploi. Parmi ceux-ci, l’araignée signale :

Pour ma part, je travaille avec PHPDug qui me donne entière satisfaction ; jugez-en par vous même.

Digg lanceurs alerte

Dans un prochain billet, je vous dirai tout ce que je n’aime pas dans les digg.

Par référé du 3 mars, le TGI de Paris vient d’enjoindre le site Not2be de mettre fin à la publication des données nominatives à propos des enseignants notés par leurs élèves.

J’avais annoncé sur ce blog la fin programmée d’un site dont le modèle économique consistait à donner aux élèves la possibilité “d’en mettre plein la g… à leur prof ” -une sorte de défouloir en ligne, en quelque sorte- au prix de violations caractérisée de la vie privée, tout cela sans aucune autre valeur ajoutée que de générer de la page vue et du clic publicitaire.

Aujourd’hui la page d’accueil de Not2be publie un commentaire assez naïf :

A la suite de la décision du Tribunal de Grande Instance de Paris note2be doit cesser de collecter et de traiter les noms et les notes des enseignants à compter du mercredi 5 mars à 16h32.

Nous sommes inquiets quant à l’avenir du Web 2.0 en France. En effet la décision prise par le TGI le 3 mars remet en cause le fondement même du web « contributif », dans notre pays.

Cette décision est alarmante au regard du principe de la liberté d’expression sur Internet en France, en particulier pour les élèves et étudiants français.

Nous allons faire appel de cette décision.
Nous reviendrons bientôt !

A l’analyse, on constate deux erreurs grossières.

Une méconnaissance des principes fondamentaux du droit.

La liberté d’expression des uns qui doit permettre à chacun d’exprimer librement ses opinions s’arrête là où commence la violation de la vie privée des autres. Rien n’interdit d’évaluer, ni même de publier en ligne ces évaluations, mais il faut impérativement recueillir l’accord préalable des intéressés et respecter cet avis en ne publiant pas les données nominatives en cas d’opposition.

La solution juridique serait différente à mon avis s’il s’agissait de professionnels ayant pignon sur rue ou d’acteurs économiques indépendants (ce que ne sont pas les enseignants en leur qualité de salariés de l’E.N.).

Web 2.0, UGC, liberté d’expression et relation pédagogique

Avec le concept de l’User Generated Content, le web 2.0 donne effectivement la parole aux usagers, qu’ils soient client d’entreprises marchandes, citoyens, utilisateurs de services en ligne. Cette prise de parole se fait souvent par l’évaluation et la notation, qui sont des manière simple et rapide de donner un avis.

Pourquoi pas les élèves alors ?

Tout simplement parce que cela déséquilibre et finit par détruire la relation pédagogique.

La notation et l’évaluation sont parties intégrantes du métier pédagogique et des taches professionnelles de l’enseignant. Tout enseignant ou formateur doit analyser les performances fournies par son public pour juger de l’efficacité de son action pédagogique. Ce qui est évalué par l’enseignant, c’est le travail et les performances (intellectuelles et sociales) de l’élève par rapport à des normes (censées) être objectives. Pour évaluer, il faut donc disposer d’un référentiel dont la maîtrise suppose une compétence technique préalable.

Techniquement il est donc impossible pour les élèves de “noter” leur professeur puisqu’ils ne disposent pas du référentiel nécessaire pour évaluer un processus pédagogique. Ce que peuvent faire les élèves par contre, c’est dire “j’aime ou j’aime pas”, “c’est clair ou çà ne l’est pas” et exprimer leur ressenti personnel et subjectif par rapport à ce qu’ils ’subissent” quotidiennement.

Donner aux élèves un outil de notation sous prétexte de rétablir un imaginaire équilibre dans la relation et de libérer la parole, c’est donc méconnaître la réalité de la relation pédagogique.

Il est important de libérer cette parole. Tous les formateurs pour adultes procèdent de cette manière et je sais que de nombreux collègues enseignants organisent régulièrement dans leur classe des espaces de parole libre où les élèves peuvent parler de leur ressenti.

Alors, pour un service 2.0, il y a certainement un créneau à prendre, une sorte de plateforme Ning des communautés pédagogiques mais il faudrait s’y prendre de manière un peu plus finaude que les concepteurs de Not2be ….